Collections pharmaceutiques

L’Hôpital a eu l’immense chance d’avoir conservé ses meubles de pharmacie (19ème siècle) ainsi que ses pots, flacons et autres mortiers et pilons (18ème, 19ème siècles). Sans doute parce que la pharmacie de l’Hôpital est restée très longtemps en activité, jusque dans les années 40.

Dans la nouvelle scénographie, les collections pharmaceutiques ont trouvés une place de choix puisque pas moins de 3 salles leur sont consacrées.

Helkiase

L’Helkiase était un médicament très efficace pour traiter les maladies de la peau et les ulcères. Il s’agissait vraisemblablement d’un puissant antiseptique composé notamment de bichlorure de mercure. On le produisait sous différentes formes: en poudre rose qui, mélangée à de l’eau, donnait une pommade, ou en sublimé liquide. Ce remède connut un grand succès, non seulement en Belgique mais aussi à l’étranger. De nombreux témoignages (lettres de médecins ou de malades guéris, articles de presse, …) sont conservés dans les archives de l’hôpital, attestant des effets miraculeux de l’Helkiase. Les religieuses le commercialisèrent jusqu’en Inde et aux Etats-Unis, et cela jusqu’en 1930. La vente s’arrêta peu avant la seconde guerre mondiale, pour des raisons qu’on ignore. Mais il est fort probable que les effets secondaires dangereux du mercure contenu dans l’Helkiase aient causé des dommages sérieux, si pas mortels. La pharmacie de l’hôpital a conservé toute une série d’objets rappelant l’épopée de l’Helkiase tels que plaques publicitaires, livre d’or calligraphié consignant de nombreuses guérisons, divers emballages et conditionnements (étagère de gauche).

Pharmacie

Telle que vous la découvrez aujourd’hui, la pharmacie se présente dans son aspect de la fin du 19e siècle. Dès son origine, l’hôpital posséda une pharmacie qui connut de nombreuses transformations suite aux progrès de la médecine et des sciences. Le mobilier datant de la première moitié du 19e siècle est constitué de deux grands corps d’armoire surmontés d’étagères. La porte au bout du corps d’armoire de droite (près de l’évier) servait à enfermer les poisons ; les tiroirs conservaient les plantes médicinales et les herbes séchées, comme le lichen d’Islande utilisé contre la toux. Les remèdes et potions étaient fabriqués à partir d’extraits, de décoctions et d’infusions de plantes médicinales. Lessines était au 19e siècle, et jusqu’en 1960, un centre important de la culture des plantes médicinales : angéliques, soucis, camomilles fleurissaient tout autour de la ville. Au centre, la table recouverte de marbre servait de table de travail à la s≈ìur apothicaire..

Pharmacopée

Les pharmacopées universelles contenaient tous les remèdes connus pour les innombrables cas de maladies, blessures ou maux pouvant être soulagés sinon guéris… Véritable encyclopédie de l’art pharmaceutique en son temps, cette pharmacopée imprimée à Paris, en 1698 – avec privilège du Roi – semble parfois donner dans la sorcellerie, à nos yeux du moins. Mais l’auteur lui-même savait émettre des réserves sur certaines formules : « on prétend que… »

Le pilulier

Les pilules – même si on en fabriquait moins que des sirops ou autres onguents et électuaires – étaient confectionnées à l’aide du pilulier. Sur la partie crantée de celui-ci, on venait déposer un petit boudin de pâte médicamenteuse, appelé « le magdaléon » (faisant sans doute référence à Ste Marie-Madeleine, sainte patronne des pharmaciens, tout comme le sont St Côme et St Damien). Ce petit boudin de pâte se devait d’être équilibré, homogène et dosé équitablement sur toute sa longueur afin de garantir un même rendement thérapeutique à toutes les pilules qui en découlaient. La petite planchette, crantée également, était alors rabattue sur ce magdaléon et, par des mouvements de va et vient, on obtenait alors des petits tronçons de pilules. Ceux-ci devaient ensuite être roulés soit avec les doigts contre les bords du pilulier, soit avec une petite boule de bois comme celle présente dans nos collections (et sur la photo). Les pilules étaient enrobées jadis de talc, de poudre de lycopode ou de réglisse afin de les rendre plus digestes. On sait également que certaines pilules réservées aux riches étaient enrobées de poudre d’or ou d’argent. (Cf. l’expression « dorer la pilule »). Remarquez sur la photo à l’avant-plan un magnifique boîtier à argenter les pilules du 18e siècle.

Pot à thériaque

La thériaque fut longtemps considérée comme une véritable panacée et un contrepoison universel. Mithridate VI Eupator (132-63 avant J-C), roi du Pont, qui vivait dans la hantise d’être empoisonné s’était immunisé petit à petit contre tous les poisons en en testant toute une quantité à faibles doses. Dans la Rome antique, Andromaque, médecin de l’Empereur Néron, et Galien ont aussi préparé de la thériaque à base d’opium, de chair de vipère, jusquiame, opopanax, réglisse et autres rognons de castor, … bref, près d’une septantaine d’ingrédients d’origine végétale, animale et minérale. La thériaque sera prescrite contre les fièvres, les morsures d’animaux, la colique, l’asthme, la peste, bref, un véritable remède universel, qui ne fut retiré de la vente qu’en 1908. Une mine d’or pour les apothicaires car tous les ingrédients qui entraient dans sa composition étaient rares et onéreux. On assista de plus à toute une série d’abus, de falsifications, et de « recettes maison » préparées à base de restes de produits sensés provoquer un effet miraculeux, « contrecarrer tous les poisons et guérir tous les maux ». Ce remède pourtant douteux parvint à se maintenir près de 2000 ans.

Mortiers et pilons

L’Hôpital possède de nombreux mortiers et pilons en bronze, laiton, porphyre, marbre ou faïence. Ces différents matériaux jouaient un rôle important dans la préparation des remèdes, si l’on en croit les « recettes » énoncées dans les pharmacopées. En effet, Nicolas Lemery recommande pour telle préparation un mortier en porphyre, pour une autre, le marbre et une autre, la faïence. C’est dans ces récipients qu’étaient broyés racines, feuilles, tiges, fleurs ou même yeux d’écrevisse afin d’obtenir une pâte que l’on pouvait au besoin passer au tamis afin d’en tirer une poudre bien fine.

Balance

La pharmacie possède toujours d’intéressantes balances de précision, des trébuchets, placés sous verre afin d’éviter toute variation intempestive due aux courants d’air ou aux poussières. Il est intéressant de noter que les balances fixes ont remplacé à la fin du 18ème siècle les balances à main peu fidèles et de manipulation difficile. Les poids utilisés pour peser les ingrédients ou préparations sont également présents dans nos collections. Les dosages mentionnés dans la pharmacopée de Lemery reprennent d’anciennes mesures de poids, telles que le dragme ou le scrupule. Le trébuchet est un terme utilisé dès le 14ème siècle pour désigner la petite balance à plateaux pour peser les monnaies d’or et d’argent. Cette appellation a également désigné, par extension, les balances de précision de pharmacie (ou de laboratoire) pour les pesées délicates. L’expression « payer en espèces sonnantes et trébuchantes » signifie donc bien payer avec de l’argent, des pièces préalablement pesées et ayant le poids requis.

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